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Ce que nous dit le nouveau rapport du GIEC, par Kim Nicholas

1/03/2022

Que dit le nouveau rapport climat du GIEC, dans un langage clair ? Je vais essayer d’expliquer le résumé pour les décideurs, sans utiliser de vocabulaire compliqué.

Alors voilà. Les scientifiques en sont certains : le changement climatique menace les populations et la vie sur la planète Terre. Si nous humains ne parvenons pas à réduire rapidement nos émissions, alors « nous louperons une fenêtre étroite et qui se fermera rapidement pour assurer un avenir vivable et durable pour tous ».

 

3,6 milliards de personnes fortement exposées

 

Le changement climatique nuit déjà aux personnes et à la nature dans le monde entier. Les plus touchés sont les pauvres, dans des endroits qui subissent plus durement les impacts climatiques en raison de leur géographie : les montagnes, les déserts, les côtes, les petites îles ou encore les régions polaires.

 

Nuages

Le réchauffement climatique stimule le cycle de l’eau

 

Près de la moitié des habitants de la planète, jusqu’à 3,6 milliards de personnes, vivent dans des endroits qui les exposent à un risque élevé de dommages climatiques. Des processus sociaux injustes, comme l’exploitation de certains pays par d’autres ou des politiques gouvernementales faibles et inéquitables aggravent les dégâts du réchauffement climatique.

 

Sortir des fossiles

 

Le climat se réchauffera davantage d’ici 2040, et c’est une mauvaise nouvelle. Si les humains limitent le réchauffement à +1,5°C (en cessant de manière décisive d’utiliser les combustibles fossiles), la vie sera bien meilleure pour les gens et pour la nature que sous un réchauffement plus important. Même si ce sera pire qu’aujourd’hui. La température qu’il fera en 2040 et après dépend de la rapidité avec laquelle nous réduisons la pollution climatique aujourd’hui. Plus vite nous réduisons les émissions, plus il est possible pour les gens et la nature de s’adapter et d’aller bien. Les emmerdements sont démultipliés à +2°C et au-delà.

 

Centrale au charbon, Allemagne

Centrale au charbon, Allemagne

 

Les risques climatiques comme la sécheresse, les incendies de forêt et les vagues de chaleur s’aggravent mutuellement. Les solutions climatiques qui agissent contre la nature plutôt qu’avec elle (comme la plantation d’arbres irréfléchie), ou qui voudraient réduire la lumière du soleil (!), risquent d’empirer les choses.

Si notre réchauffement dépasse 1,5 °C, cela aura de graves conséquences irréversibles, même le climat refroidit plus tard. La période de refroidissement après 1,5 °C sera plus difficile car la nature aura perdu beaucoup de carbone à cause des forêts brûlées et mourantes, de l’assèchement des zones humides et du dégel du pergélisol.

 

S’adapter, une nécessité

 

L’adaptation au climat est le processus par lequel les humains ou la nature s’adaptent au changement climatique pour minimiser les dégâts. Jusqu’à présent, les gouvernements font du mauvais travail en matière d’adaptation au climat. En effet, les efforts actuels sont injustes, désorganisés, de faible importance, à courte vue et non mis en pratique.

Il existe des options efficaces pour s’adapter au changement climatique. On pourrait les mettre en pratique. Mais elles nécessitent beaucoup plus d’argent que la somme dérisoire actuellement investie dans l’adaptation au climat. Une adaptation efficace doit réparer les injustices sociales et résoudre plusieurs problèmes en même temps.

Il n’est pas possible de s’adapter à tous les dommages causés par le changement climatique. Les limites « soft » signifient que des options existent, mais qu’on ne les utilise pas actuellement ; les problèmes pourraient être surmontés avec de l’argent et une meilleure politique. Les limites « dures » signifient qu’il n’existe aucune option pour éviter les dommages (comme c’est le cas pour les coraux, qui vont disparaître).

Malheureusement, les efforts d’adaptation au changement climatique aggravent souvent le problème. Les vraies solutions doivent être à long terme, traiter plusieurs risques en même temps, inclure les groupes affectés, en particulier les populations locales et autochtones, et travailler avec et non contre la nature.

 

Alors, que faire ?

 

Les gouvernements doivent investir pour l’adaptation au climat. Cela permet aussi de débloquer des financements privés. Nous devons dépenser maintenant pour obtenir des résultats que nous verrons après 2030. Où investir ? Dans l’éducation climatique et l’atténuation. Il faut soutenir les mouvements sociaux et promouvoir l’action climatique. Une politique équitable doit inclure ceux qui sont actuellement exclus.

Notre trajectoire actuelle risque de nous enfermer dans un monde dégradé, pauvre, injuste et dangereux. C’est d’autant plus probable qu’il fait plus chaud. Nous devons choisir la justice et l’inclusion, valoriser divers types de connaissances et prendre soin de la nature si nous voulons un monde sain et prospère.

Pour limiter le réchauffement et s’adapter à +1,5 °C, les gouvernements, les entreprises, les individus et les organisations doivent travailler ensemble dans l’espace et dans le temps, donner la priorité à l’équité, résoudre les conflits de valeurs, respecter les droits, inclure ceux qui ont été laissés pour compte, respecter les conditions locales.

 

Bidonville

Un bidonville, Vietnam

 

Les gens se déplacent vers les villes en croissance. Considérer les villes comme de simples bâtiments et routes entraînera des dommages. Les villes devraient inclure les citoyens dans leur planification écologique. Les riches devraient payer pour aider les pauvres à s’adapter au changement climatique, en particulier dans les bidonvilles.

 

Protéger la Terre et arrêter les fossiles

 

Les gens ont besoin de la nature pour travailler et pour survivre. Nous devons protéger 30 à 50 % de la Terre, en particulier les endroits où la nature est en bonne santé maintenant. La nature ne peut pas rester en bonne santé au-dessus de +1,5°C. Ne plantons pas d’arbres là où ils n’aiment pas pousser !

Si les humains ne réduisent pas rapidement la pollution climatique d’ici 2030, nous serons enfermés dans la misère. Un bon monde est très difficile à faire exister à +1,5°C de réchauffement, et impossible à +2°C. Nous devons travailler ensemble, éduquer, partager l’information, apporter de l’argent. Faire de notre mieux.

 

Cet article est une traduction d’un fil twitter publié par Kimberly Nicholas. Source originale ici. Originaire de Californie, Kim Nicholas est scientifique en durabilité à l’université de Lund en Suède.
Crédit photo : Simon Charles Florian Rose.

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